LE CHAT SE PRESENTE
Espace culturel et convivial, le Chat Noir
se consacre depuis sa création en 1985 aux Musiques Actuelles. Unique en
son genre par son ouverture et la qualité de sa programmation ainsi que
le rôle qu'il joue en faveur de la musique, il est devenu un élément
incontournable de la scène musicale de Genève et de ses environs.
Des milliers de concerts de tous genres ont déjà contribué à son
histoire. Une pléiade d'artistes de réputation internationale est venue
s'y produire et un grand nombre d'orchestres ont souvent partagé avec le
public des moments de grande intensité. Cet éclectisme par ailleurs a
donné à de nombreux musiciens et plus particulièrement ceux de Genève,
l'occasion de se faire connaître.
Mais l'essentiel pour le Chat Noir est d'être le catalyseur de
tous ces facteurs qui aboutissent à cet instant magique de création
partagée. Car, au-delà des clivages, c'est bien un certain idéal qu'il
veut promouvoir. La Musique est un art, mais c'est aussi un langage
universel, source d'échanges et de créativité. Elle peut être comprise
comme un synonyme de tolérance et de liberté ...
Cette "profession de foi" s'exprime par le biais de l'Association
de Soutien à la Musique Vivante (A.S.M.V)
qu'il a créée en 1994. Cette association à but non lucratif gère la
plupart des activités offertes par le Chat Noir.
LES VALEURS DU CHAT
Les valeurs défendues par le Chat Noir se retrouvent beaucoup dans
celles de la Musique et plus particulièrement celles appelées « musiques
actuelles ».
La musique en général est avant tout l’occasion d’une rencontre entre
l’artiste et le public. Cet instant de partage transcende le quotidien
et laisse transparaître d’autres valeurs. Outre le message contenu dans
la structure même de la musique, ainsi que dans les textes qui peuvent
l’accompagner quand il s’agit de chanson, elle est facteur d’ouverture,
de découverte et d’émotion.
Ces qualités qui se manifestent dans ce partage de l’instant supposent
en corollaire un acte de conscience, une attention à l’autre et,
pourquoi ne pas le dire, un certain « don de soi-même ».
C’est ainsi que la musique témoigne de valeurs universelles. Par
ailleurs, et notamment grâce à l’extraordinaire diffusion qu’elle a
connue ces dernières décennies avec l’utilisation de l’électricité et de
l’électronique, la musique est devenu un phénomène de société.
Elle véhicule de ce fait un grand nombre de valeurs auxquelles
s’identifient les différentes composantes de cette société. Facteur
social de première importance, elle rassemble et reflète les
spécificités d’un groupe ou d’une communauté…
Le Chat Noir, quant à lui, cherche à affirmer ces valeurs intrinsèques
de la musique, mais aussi à défendre les principes contenus dans
certaines musiques d’aujourd’hui. Ces principes se traduisent par une «
manière de vivre » faite d’un peu d’anarchie et de contestation, mais
aussi par un esprit solidaire et l’utopie d’un monde meilleur.
L’état d’esprit imposé dans le lieu est l’expression d’une ferme volonté
du respect de l’autre. La discrimination et l’exclusion ont été
pourchassées avec ténacité tout au long de ces années et un lourd
travail social a accompagné les tâches journalières.
Mais l'essentiel pour le Chat Noir est d'être le catalyseur de tous ces
facteurs aboutissant à cet instant de création partagée porteur
d’émotion et de renouveau.
L'HISTOIRE DU CHAT
Le
Chat Noir est un parcours partagé par quatre passionnés de musique :
Alain et Catherine Gilliand, Pierre-Edmond Gilliand et Roland Le
Blévennec. Le quatuor est toujours aux commandes aujourd’hui.
En 1977, l’équipe crée « Les Granges-Malval », lieu situé en pleine
campagne genevoise, au bord de l’Allondon. Ils y organisent pendant sept
ans des « dîners concerts » : jazz, blues et musiques du monde.
L’ambiance exceptionnelle des soirées proposées, la qualité musicale et
le côté un peu « alternatif » font rapidement des Granges-Malval un lieu
réputé et connu. Hélas, malgré un succès certain, les difficultés
financières s’accumulent. Elles sont surtout dues à l’éloignement de la
ville et aux problèmes inhérents à l’organisation de spectacles vivants.
La décision est prise de se « recentrer » en ville, pour bénéficier à
terme d’une fréquentation plus régulière. En 1985 il était indispensable
de se voir accorder une autorisation spéciale pour organiser des
animations musicales dans des établissements publics. Le Chat Noir à
Carouge faisait partie des quelques lieux où cette disposition était
accordée. Le Charme du quartier et des locaux séduit nos protagonistes :
l’environnement est ouvert à la vie conviviale et nocturne.
Le Chat ouvre donc ses portes au 13 rue Vautier, en décembre 1985.
L’établissement est alors composé d’un « bistro » au rez-de-chaussée,
d’une petite salle en sous-sol pouvant accueillir 60 – 80 personnes et
d’une terrasse exceptionnelle en cour intérieure sur deux niveaux.
Dès sa création, le Chat s’est donné pour défi la volonté de créer un
lieu ouvert tous les soirs à la musique vivante. Dans un premier temps,
la programmation propose donc un orchestre qui joue toute la semaine, le
dimanche étant réservé aux fameuses rencontres autour du blues qui vont
accueillir tous les musiciens de la scène locale. Il n’y a pas alors
d’entrée payante, les boissons sont légèrement majorées.
En quelques mois, le Chat Noir devient le rendez-vous que musiciens et
mélomanes genevois attendaient. De nombreux artistes se retrouvent en
fin de soirée pour des improvisations et des joutes instrumentales.
L’opportunité exceptionnelle de pouvoir s’installer pour une semaine
dans un club offre aux musiciens un outil de travail unique. Cette
proposition crée des liens privilégiés avec les artistes en résidence.
La richesse et la qualité de la programmation, ainsi que les relations
exceptionnelles qui s’établissent entre les musiciens et le public fera
naître une réputation ayant des ramifications dans l’Europe tout
entière, car les propositions affluent de façon exponentielle !
En été, la terrasse (une des plus belle de Carouge à cette époque)
réunit dans un engouement unanime toute une population éclectique qui
peut se retrouver autour d’une grillade ou simplement d’un verre.
Mais l’histoire du Chat Noir se confond aussi avec celle d’un combat
juridique et politique afin d’obtenir une véritable reconnaissance
légale et à terme, un soutien financier.
A cette époque, en effet, un établissement comme celui du Chat ne
possédait pas de statut juridique correspondant à sa spécificité. Il
était considéré comme un simple café restaurant, soumis à la « loi sur
les auberges et débit de boissons », datant du XIX e siècle.
Il est nécessaire de préciser que tous les établissements publics
étaient alors régis par la « clause de besoin ». Cette loi avait pour
but de lutter contre l’alcoolisme. Elle attribuait, en fonction du
nombre de la population, un nombre limité d’établissements dont la
surface d’exploitation ne pouvait être augmentée. Cette « clause de
besoin » avait pour conséquence d’empêcher la création de tout nouvel
établissement et donnait à ceux qui existaient une valeur dépassant leur
chiffre d’affaire.
Par ailleurs, elle n’était pas en mesure d’intégrer et de reconnaître de
nombreux lieux, ayant une vocation de musique ou de danse. Ceux-ci,
profitant d’un certain « flou » offert par la loi, s’étaient attribué le
nom de « club ».
C’est pour faire face à cette situation anarchique que le Département de
justice et police (DJP) a décidé de changer cette loi afin de permettre
à tous les genres d’établissements d’être représentés.
C’est dans ce contexte que le Chat Noir s’est installé dans un lieu
reconnu, persuadé que la loi allait bientôt lui donner la reconnaissance
spécifique qu’il recherchait. Il est bien évident que le statut de «
café restaurant » ne correspondait pas à sa vocation. Pire, il
l’empêchait d’exercer des activités qui se déroulent, par définition, en
soirée.
C’est alors que le D.J.P a créé plusieurs catégories d’établissement,
correspondant à la vocation de chacun, comme celle de « cabaret dancing
ou dancing ». Le D.J.P dans la foulée a accordé à de nombreux « club »
ce statut. Ceux-ci, vivant « illégalement » dans des locaux de fortune,
se sont retrouvés légitimés à moindres frais. Le Chat Noir, quant à lui,
ayant payé très cher l’acquisition de son lieu afin d’être dans le cadre
de la loi, s’est trouvé d’autant plus lésé qu’il ne possédait toujours
que le statut de « café restaurant ».
C’est pourquoi, dès novembre 1986, le Chat Noir dépose auprès du DJP une
requête en vue d’obtenir le statut de « Cabaret dancing », formule
permettant des horaires prolongés la nuit. Malgré l’entrée en vigueur,
le 1 er janvier 1989, de la nouvelle loi sur les auberges, le DJP répond
par la négative. Nous sommes en mai. Le mois suivant, le Chat Noir
décide de recourir contre cette décision auprès du Tribunal
Administratif.
Il faut finalement attendre le 9 janvier 1991 pour qu’enfin le TA
accorde le statut de « Cabaret dancing » au Chat Noir. Il est possible
dès lors d’envisager des travaux d’agrandissement et d’aménagement, en
vue, notamment, de lutter contre les nuisances sonores de voisinage
générées par la musique. Le « combat » est pourtant loin d’être terminé.
En août 1991, un arrêté du Conseil d’Etat intime l’ordre au Chat Noir de
prendre toutes les mesures pour faire cesser les nuisances sonores. Or,
sans effectuer de travaux majeurs, il est impossible de satisfaire aux
exigences, ce qui signifie la fin du Chat Noir. Dans ce but, celui-ci
dépose une demande d’autorisation de construire qui lui est accordée en
novembre 1991. Mais un mois plus tard, la ville de Carouge recourt
contre cette autorisation ! En septembre 1992, après de nombreux
échanges et une longue procédure qui aboutit notamment à la suppression
de la terrasse, la commission de recours rejette l’opposition de la
ville de Carouge.
Le 10 juin 1993, après plusieurs mois de travaux, le nouveau Chat Noir
ouvre ses portes avec le statut de « cabaret dancing » dans des locaux
pouvant accueillir 150 personnes. En juillet, l’Office Cantonal de
l’inspection et des relations du travail ( l’OCIRT) constate que ces
travaux sont parvenus à supprimer les nuisances sonores. Le dossier est
clos. Le Chat Noir peut revivre… Même si, paradoxe, le 1 er janvier1997,
la clause du besoin est abrogée, rendant presque dérisoire tous les
efforts accomplis depuis la création du Chat Noir.
Avec le statut de cabaret, le concept et la programmation du Chat Noir
doivent s’adapter. Les soirées doivent rebondir et gagner en dynamisme.
Les semaines et le dimanche laissant place à des prestations
exceptionnelles telles que, Archie Schep, Bill Evans et de nombreux
artistes de renom. C’est à cette époque que Patrick Merz rejoint les
fondateurs. La semaine, les soirées s’ouvrent à des projets à caractère
éducatif comme des soirées avec l’école de musique ETM. Se développent
également des vernissages de Cd, des répétitions, des Jam’s sessions et
toutes sortes de performances qui confèrent et affirment l’identité
culturelle du lieu.
Avec une ouverture prolongée dans la nuit, il est possible enfin, après
les concerts, de proposer des prestations de Djs. Dans ce domaine, là
aussi, le Chat Noir innove en se liant à de nombreuses expériences
musicales telles que les « sounds systems » ( association de Djs et de
musiciens) ou avec « La Teuf » consacrée à la chanson française.
Il est nécessaire cependant de comprendre que la culture a un prix. Le
spectacle vivant engendre des frais que les recettes de billetterie ne
couvrent que partiellement. Car, aux cachets des musiciens, il faut
ajouter les frais d’accueil (nourriture et hébergement), les frais de
transport, les charges de droits d’auteurs (Suisa), les impôts à la
source pour les artistes vivant à l’étranger, un service de
sonorisateur, un service de billetterie, les frais de promotions et un
travail administratif conséquent…
Les concerts de découvertes demandent une prise de risque qui représente
un déficit financier inévitable. Il est devenu indispensable d’obtenir
un soutien financier public.
C’est
pourquoi, en 1994, avec l’aide de musiciens, il se crée une association,
appelée « Association de Soutien à la Musique Vivante » (ASMV), afin de
se présenter comme un interlocuteur crédible auprès des institutions.
Cette association, à but non lucratif, revendique alors la
reconnaissance de son travail accompli dans la promotion des musiques
actuelles et affirme son identité résolument culturelle.
Au vu de ces activités et du sérieux de son engagement, l’ASMV reçoit
une réponse positive d’Alain Vaissade, conseiller administratif en
charge du département des affaires culturelles de la Ville de Genève.
Année après année, d’autres institutions suivront.
Il faut noter toutefois que les subventions reçues ont un caractère «
exceptionnel » et que l’obtention d’une reconnaissance complète et
régulière demeure toujours floue.
L’ASMV déploie depuis sa création une énorme activité :
- Gestion de la
programmation du Chat Noir et de tout ce qui s’y rapporte
- Cofondateur du
festival de jazz transfrontalier JazzContreBand
- Cofondateur de
l’agenda culturel l’Officieux
- Création, en 1997,
du festival Voix de Fête consacré à la chanson française
- Participation à la
fête de la musique ( elle est l’instigatrice et l’organisatrice de
cette fête à Carouge), à la Bâtie, festival de Genève…
- Mandat
d’organisation des concerts d’été sur la scène « Ella Fitzgerald » à
Genève.
- De nombreux liens et
démarches avec des réseaux de salles en Suisse et à l’étranger pour
aider au mieux la circulation et la représentation de nos artistes.
- Des heures de
conseil aux artistes pour leur plan de carrière.
En conclusion de cet «
historique », on peut dire que le Chat Noir est devenu un lieu
incontournable de la vie culturelle genevoise à la suite de longs et
patients efforts, toujours animés par la passion et un idéal. Le Chat
Noir en effet s’est heurté à de nombreuses difficultés dont certaines
paraissaient insurmontables. Il est l’exemple même d’un lieu consacré à
la musique qui a connu et traversé pendant vingt ans les remises en
question et les changements de son époque.
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